Au bord des terrains, des messages essaient pourtant de calmer, d'éduquer les foules : "Critiquer c'est facile. Arbitrer c'est plus difficile". Car, qui n'a pas vécu un match à côté d'un supporter passant son temps à faire des commentaires désobligeants sur la façon d'arbitrer ? (Celui-ci ne connaissant souvent que superficiellement les règles, n'ayant jamais pratiqué la discipline, mais ayant une réponse à tout.)

Or, dans l'ultimate - frisbee, "les contacts physiques sont interdits et il n'y a pas d'arbitre. Les règles sont fondées sur l'auto-arbitrage et la non-violence. Les fautes, si elles existent, sont en effet annoncées par les joueurs eux-mêmes." Il existe un sport qui sait faire la différence entre le vocabulaire et la philosophie du jeu. Dans un monde envahi par les attaques, défenses, homme à homme, le joueur d'ultimate pratique son libre arbitre. Il a, selon sa volonté propre, la possibilité d'arrêter le jeu, car il reconnaît avoir dépassé les limites. Il sait que "la liberté, c'est avoir des droits, mais aussi et surtout, des devoirs". L'auto-arbitrage ne va-t-il pas alors plus loin que le jeu lui-même ? Ne serait-il pas une leçon de vie ? En effet, voir et juger ses erreurs ; c'est prendre ses responsabilités et ne pas rejeter la décision sur l'autre. Et tout le monde y gagne : les joueurs par un fair-play partagé, les clubs qui ont des joueurs responsables et le public qui peut enfin se consacré tout entier à la beauté d'une pratique sportive.

Françoise Gaborieau